Prix du Jury au Festival de Cannes 2025
Prix du Jury du Festival de Cannes, où il a provoqué une immense secousse le jour de sa projection, Sirāt est un film-choc, d’une intensité rare, calibré essentiellement pour le grand écran. Un road-movie hypnotique dans le désert marocain sur une bande-son techno particulièrement exaltante
Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Esteban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert…
Le film s’ouvre sur l’installation d’une immense sono au milieu des falaises ocres du désert marocain. On fixe les baffles les uns sur les autres, on branche le groupe électrogène, on enclenche un à un les leviers du panneau de contrôle. Puis, un souffle se fait entendre, un son, sorte de vibration planante évoluant progressivement vers quelque chose de plus rythmé. Ceux qui sont familiers de ce genre d’ambiance reconnaîtront ce pur plaisir de la musique qui envahit l’espace. On découvre le public des ravers, des marginaux réunis dans une transe musicale collective. Parmi eux, les personnages que nous allons suivre tout au long du film, dont ce père interprété par Sergi López, seul visage connu du casting et qui, décidément, nous surprend encore par les choix audacieux et pertinents de sa filmographie.
Sirāt est un film-monstre, inattendu et ahurissant à bien des égards. Il parvient à nous tenir en haleine et maintenir une tension folle à partir d’un pitch réduit jusqu’à l’os, grâce à une mise en scène impressionnante, pleinement immersive et qui ne pourra laisser personne indifférent (des scènes de danses cathartiques aux camions lancés sur les routes sablonneuses du désert). Véritable prouesse cinématographique, le film nous mène graduellement vers quelque chose de totalement radical, une proposition expérimentale qui n’aurait pas pu être acceptée sans cette maîtrise absolue du langage visuel.
Pourtant, le récit n’est pas en reste. Les quelques bribes d’informations qui nous parviennent des ondes radio rendent compte d’un monde en guerre, sans qu’on puisse en définir le contexte politique exact. Ces protagonistes, qui semblent être les derniers êtres sur Terre, n’ont plus l’air d’avoir d’autres quêtes que celle d’une dernière fête avant on ne sait quoi. Ils croisent sur leur chemin des militaires, d’autres personnes en transit cherchant fébrilement à remplir leur réservoir d’essence pour aller on ne sait où. Ce monde pré ou post-apocalyptique qui a quelques accointances avec le nôtre raconte aussi quelque chose d’une certaine urgence, d’une ultime pulsion de vie avant le tremblement final.
ALICIA DEL PUPPO, les Grignoux