le Mar. 26 Mai 2026 à 20h00
Dans la foulée de Hafsia Herzi (La Petite Dernière), la réalisatrice franco-tunisienne Leyla Bouzid explore les déchirures intimes qui accompagnent l’homosexualité dans les familles de culture musulmane. Un film tout en finesse qui dit toute la difficulté d’exister à la lisière — entre les conventions et le désir —, mais aussi la possibilité d’emprunter des chemins de traverse…
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d’une maison où cohabitent trois générations de femmes.
En trois longs métrages, la réalisatrice Leyla Bouzid a construit une œuvre travaillée par la question des espaces intermédiaires : entre deux cultures, deux religions ou simplement deux façons d’habiter le monde. Farah, la jeune héroïne d’À peine j’ouvre les yeux, rêvait de faire du rock engagé contre l’avis de sa mère dans une Tunisie encore sous régime dictatorial ; dans Une histoire d’amour et de désir, la littérature érotique arabe entrait en dialogue avec les émotions contrastées d’Ahmed, jeune étudiant issu de l’immigration maghrébine tombant sous le charme d’une condisciple tunisienne. C’est encore cette même friction entre désir et norme qui agite Lilia dans À voix basse, où la mort de l’oncle fait éclater les non-dits familiaux. Jeune femme lesbienne, libre en France mais contrainte à la réserve en Tunisie, Lilia voudrait faire sauter les frontières mais se heurte à la persistance d’un tabou solidement ancré.
Ce que le film montre avec intelligence, c’est la manière dont chaque génération se débat avec la honte — mais aussi la loi et les convenances — et le danger d’ouvrir les placards quand ceux et celles qui y font face ne sont pas prêt·es à en accueillir le contenu. La difficulté de vivre, en somme, et ces tracés souterrains qu’il faut creuser clandestinement quand la voie rapide n’est pas accessible. Quand les mots circulent, mais seulement « à voix basse ».
À l’instar de son sujet, la caméra avance à pas feutrés, cheminant discrètement dans la demeure familiale, s’immisçant de pièce en pièce, cherchant à relier le passé au présent, les cousin·es éloigné·es à celles et ceux qui vivent encore là, dessinant à son tour des espaces intermédiaires — l’espace d’un rêve, d’un souvenir, d’un lieu possible de réconciliation entre héritage et émancipation.
Alicia Del Puppo, les Grignoux